Les réserves destinées au soutien d’étiage de la Garonne sont déjà fortement entamées, alors qu’il reste encore trois mois avant la fin de la campagne. Réuni le 29 juillet, le Comité stratégique de soutien d’étiage a donc décidé de modifier sa stratégie. Depuis le 1er août, les lâchers d’eau ne visent plus prioritairement à atteindre les Débits Objectifs d’Étiage, mais à préserver les stocks nécessaires pour garantir l’alimentation en eau potable jusqu’à la fin de la saison.
Des débits très faibles et des réserves déjà fortement sollicitées
La campagne de soutien d’étiage s’étend du 1er juin au 31 octobre. Son objectif est de maintenir le Débit Objectif d’Étiage (DOE) aux différents points nodaux de la Garonne. Fixé par le SDAGE, ce débit correspond au niveau permettant d’assurer le bon fonctionnement des milieux aquatiques et de concilier l’ensemble des usages de l’eau.
Pour atteindre cet objectif, les gestionnaires s’appuient sur plusieurs outils. L’ensemble s’inscrit dans un cadre réglementaire strict : ouvrages de soutien d’étiage, conventions avec certains barrages des bassins voisins et, lorsque cela est nécessaire, mesures de sensibilisation ou de restriction des usages.
Cette année, la situation hydrologique est particulièrement tendue. Les faibles précipitations, les fortes chaleurs et la fonte précoce du manteau neigeux ont entraîné des débits exceptionnellement faibles sur la Garonne. Dans le même temps, les besoins en eau des cultures ont fortement augmenté, conduisant à des prélèvements agricoles très importants. Ils ont atteint leur pic plus de deux semaines avant une année normale, à un niveau jamais observé jusqu’à présent.
Conséquence : une forte mobilisation des ouvrages de soutien d’étiage dès le début de la campagne. Les gestionnaires ont ainsi déjà déstocké 26,7 hm³, soit plus d’un tiers des volumes mobilisables. Ce volume dépasse déjà le précédent record de 2022, pourtant marqué par une sécheresse exceptionnelle.

La situation est d’autant plus préoccupante que chaque ouvrage de soutien d’étiage répond à ses propres règles de gestion. Afin de préserver d’autres usages, notamment touristiques, certains barrages ne peuvent être mobilisés qu’à partir de périodes bien définies de l’été. Face à la sécheresse de cette année, les autorités ont accordé plusieurs dérogations pour autoriser des lâchers anticipés.
Le recours à ces dérogations illustre la tension qui pèse déjà sur la gestion des réserves, alors qu’il reste encore trois mois de campagne d’étiage.
Débit Objectif d’Étiage (DOE) : de quoi parle-t-on ?
Le Débit Objectif d’Étiage (DOE) est le débit de référence fixé par le SDAGE en plusieurs points nodaux du bassin. Il correspond au débit permettant l’atteinte du bon état des eaux. Au-dessus de ce seuil, l’ensemble des usages de l’eau peut être satisfait (alimentation en eau potable, irrigation, industrie, loisirs…).
Sur la Garonne, le SDAGE fixe notamment un DOE à Portet-sur-Garonne, en amont de la confluence avec l’Ariège, et à Lamagistère, en amont de la centrale de Golfech, afin de garantir un débit suffisant à l’approche de ces secteurs à enjeux.
Pendant toute la campagne d’étiage, le Comité de soutien d’étiage suit l’évolution de la situation hydrologique. Il adapte la stratégie de gestion, notamment en ajustant les lâchers d’eau. Les associations de protection de la nature et les associations de consommateurs y sont associées. Lorsque la situation se tend, le comité peut également formuler des recommandations de sobriété.
En parallèle, les restrictions obligatoires des usages de l’eau relèvent d’un cadre réglementaire. Lorsque les débits franchissent certains seuils, les préfets déclenchent les différents niveaux d’alerte. Ils limitent alors les prélèvements selon des règles prédéfinies.
Pour en savoir plus sur le fonctionnement du soutien d’étiage, l’Agence de l’eau Adour-Garonne propose une présentation détaillée du dispositif.
Une nouvelle stratégie pour préserver avant tout l’eau potable
Face à cette situation, le Comité stratégique de soutien d’étiage a décidé de faire évoluer sa stratégie de gestion. Cette décision marque une nouvelle étape dans la dégradation des conditions de gestion de l’étiage : la préservation des ressources en eau potable devient désormais prioritaire sur l’atteinte des Débits Objectifs d’Étiage.
Les vagues de chaleur précoces et la baisse rapide des débits ont conduit les gestionnaires à adapter leur stratégie dès le début de la campagne. Ils visaient alors un objectif de débit inférieur au DOE afin de préserver les réserves pour la suite de la saison.
Désormais, la stratégie évolue. Les lâchers sont limités au strict nécessaire afin de préserver les réserves jusqu’à la fin de la campagne. Concrètement, les gestionnaires plafonneront les lâchers autour de 4 m³/s, puis 5 m³/s lorsque les apports du Tarn le permettront. L’objectif n’est donc plus d’atteindre les Débits Objectifs d’Étiage, mais de garantir les lâchers indispensables au maintien de l’alimentation en eau potable jusqu’à la fin de l’étiage.
La nouvelle stratégie est entrée en vigueur le 1er août. Elle pourra être réévaluée si les conditions météorologiques évoluent favorablement. Elle repose aussi sur une diminution progressive des besoins en irrigation au cours du mois d’août, à mesure que les cultures arriveront à maturité.
Des restrictions appelées à se renforcer
Ce changement de stratégie devrait s’accompagner d’un renforcement des restrictions des usages de l’eau.
À partir du 1er août, le préfet devrait avoir placé l’ensemble de l’axe Garonne en niveau d’alerte, une situation qui concerne déjà une grande partie du bassin. Si les conditions hydrologiques continuent de se dégrader, un passage en alerte renforcée pourrait intervenir dans la semaine suivante.

Ces décisions illustrent la tension qui pèse actuellement sur la ressource en eau. Malgré une gestion particulièrement fine des réserves tout au long de la campagne d’étiage, les marges de manœuvre se réduisent fortement à mesure que la sécheresse s’installe.
Cette situation illustre les limites du soutien d’étiage face à des sécheresses de plus en plus précoces et intenses.
Agir sur les causes plutôt que gérer les conséquences
Le soutien d’étiage demeure un outil de gestion indispensable en période de crise. Les événements de cet été montrent toutefois qu’il ne peut constituer, à lui seul, une réponse durable à une pression croissante sur la ressource en eau. Pour mieux comprendre ces enjeux, retrouvez le replay de notre webinaire consacré à la gestion quantitative sur le bassin.
Réduire durablement cette vulnérabilité suppose d’agir en amont. Il est essentiel de préserver les zones humides, restaurer le fonctionnement naturel des cours d’eau, favoriser l’infiltration de l’eau dans les sols et adapter les usages. Autant de leviers indispensables pour renforcer la résilience du bassin Adour-Garonne face au changement climatique.
Pour aller plus loin, retrouvez l’ensemble de nos analyses et ressources sur notre page dédiée à l’eau et aux milieux aquatiques

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