Forêt

Projet SIAT à Saint-Agnan : davantage de camions, quelles garanties pour la sécurité ?

Le projet industriel du groupe SIAT à Saint-Agnan aura nécessairement des conséquences sur la circulation. C’est d’ailleurs reconnu dans le dossier présenté lors de l’enquête publique de janvier-février 2024, qui indiquait que « l’augmentation du trafic routier accentue les risques liés aux accidents de la route » et que l’évolution du trafic concernerait principalement la voie intercommunale desservant le site.

Depuis, le projet a évolué. Lors des réunions des 3 juin et 29 août 2025 à la sous-préfecture de Castres, SIAT a présenté notamment une première phase comprenant une centrale de cogénération de 14 MW et une production de granulés.

Ces nouvelles installations entraîneront des flux supplémentaires : transport de bois énergie, approvisionnements en bois, échanges avec le site de Labruguière et évacuation des produits finis et des granulés.

Mais combien de poids lourds circuleront réellement demain ?

La question est essentielle car la voie intercommunale menant à Saint-Agnan est déjà utilisée par des cars scolaires, des véhicules particuliers, des engins agricoles, des salariés et des entreprises. Elle rejoint ensuite la RD 622, elle-même déjà très fréquentée.

La RD 622 est par ailleurs déjà marquée par plusieurs accidents graves. Le 26 septembre 2012, au niveau du carrefour avec la route de Saint-Agnan, sur la commune du Bez, une collision entre une voiture et un autocar avait coûté la vie à deux jeunes Tarnais.

Le 23 juillet 2021, une collision entre un camion et une voiture sur la RD 622 avait fait trois morts, dont le conducteur du poids lourd et les deux occupants de la voiture.

Plus récemment, en avril 2026, un chauffeur routier a trouvé la mort dans une descente de la RD 622. À cette occasion, le Département a indiqué que cette portion présente une forte déclivité, de l’ordre de 10 %, et a évoqué la présence d’environ 300 poids lourds par jour, dans les deux sens, sur cette partie de la route.

Ces accidents ne permettent évidemment pas, à eux seuls, d’établir un lien avec le projet SIAT. Mais ils montrent que la question de la sécurité doit être examinée avec la plus grande attention avant d’ajouter de nouveaux flux de poids lourds.

Un aménagement est annoncé au carrefour de Guzannes, avec notamment un tourne-à-gauche destiné à sécuriser les mouvements des poids lourds vers et depuis le futur site SIAT. Mais qu’en est-il du reste de l’itinéraire ?

Dans le procès-verbal de synthèse des observations lors de l’enquête publique de janvier – février 2024, il est indiqué : Une augmentation significative du trafic est néanmoins inévitable au niveau de la route de l’Agout (menant à Saint-Agnan) A ce propos le dossier n’annonce pas un nombre de 70 camions par jour (il s’agit de l’augmentation du trafic poids-lourds si l’extension de la scierie se réalise) mais un nombre de 110 camions/jour. Cette estimation a été réalisée par le groupe Siat, toujours sur la base des volumes que celui-ci prévoit d’exploiter à Saint-Agnan. Mais une précision  importante a été omise, à savoir : ce sera 110 camions à l’aller et 110 camions au retour par la même voie intercommunale.

Une étude spécifique de trafic et de sécurité paraît indispensable. Elle devrait préciser le nombre de camions supplémentaires, leurs horaires, leurs itinéraires, leur répartition entre la voie intercommunale et la RD 622, ainsi que leurs conséquences sur toutes les routes empruntées et sur les traversées des divers hameaux et villages notamment Brassac, les transports scolaires et tous les autres usagers.

Il serait également nécessaire de mesurer, avant et après projet, le bruit et les émissions atmosphériques liés à cette augmentation du trafic.

Car un camion ne transporte pas seulement du bois : il génère aussi du bruit, des émissions, des vibrations et un risque supplémentaire pour ceux qui vivent et circulent le long de son parcours.

Avant d’aller plus loin dans le projet SIAT, il est donc légitime d’exiger que ses conséquences sur le trafic, la sécurité, le bruit et la qualité de l’air soient précisément étudiées, rendues publiques et que les aménagements nécessaires soient clairement définis.

Quelle place pour la transparence et la sécurité ?

Face à ces interrogations, une chose paraît essentielle : les habitants ne demandent pas des formules rassurantes, mais des faits, des études et des garanties concrètes.

La circulation supplémentaire des poids lourds, sur toutes les routes empruntées ses conséquences sur la sécurité, le bruit, la qualité de l’air et les conditions de circulation doivent pouvoir être évaluées de manière précise et transparente.

On ne rassure pas une population avec des déclarations générales. On la respecte en lui donnant accès aux faits, aux études et aux mesures concrètes destinées à prévenir les risques.

Minimiser les risques ne peut être une réponse acceptable pour celles et ceux qui vivent à proximité du projet, mais aussi pour tous ceux qui emprunteront les routes concernées.

Car derrière les chiffres annoncés et les perspectives industrielles, il y a une réalité quotidienne : des habitants, des familles, des salariés, des écoliers et des usagers qui devront continuer à vivre et à circuler dans un environnement dont les nuisances devraient augmenter.

Le présent suscite déjà des interrogations ; l’avenir ne doit pas être une source supplémentaire d’inquiétude. Avant d’aller plus loin dans le projet SIAT, il est donc légitime d’exiger que toutes ses conséquences soient connues, étudiées et rendues publiques.

La transparence et la sécurité ne devraient pas être des exigences de dernière minute : elles devraient être une condition préalable à toute nouvelle étape du projet.

Georges pour le collectif Brassac sur Agout & le Bez
collectifbrassaclebez@laposte.net