Le 28 septembre 2026 à Toulouse, FNE Occitanie Pyrénées organisait un séminaire à destination du grand public et de son réseau de bénévoles, avec un objectif clair : faire le point, après cet été sec et caniculaire, sur les enjeux de la crise de l’eau sur le bassin Adour-Garonne, et explorer les choix collectifs à engager pour une gestion responsable et équilibrée de l’eau.
Après les mots d’ouverture de Sébastien Vincini, président du Conseil départemental de la Haute-Garonne, et de Cécile Argentin, co-présidente de FNE Occitanie Pyrénées, les participants ont pu suivre un programme riche et varié. La journée a permis d’explorer, de manière progressive, les multiples facettes du défi de l’eau : du constat de la raréfaction de la ressource et de l’augmentation des besoins aux leviers d’action pour une gestion plus équilibrée, avant de prendre du recul sur notre rapport collectif à l’eau et aux changements en cours.
Après cet été 2026 le plus chaud jamais observé en France depuis 1900 et qui « préfigure les étés auxquels nous pourrions être confrontés à l’avenir » selon Météo-France, qu’en est il de l’état de la ressource en eau actuel et à venir ?
Ressource en eau : état des lieux et projections hydroclimatiques sur le bassin Adour-Garonne

Vincent Marquet
Expert recherche et prospective, Agence de l’eau Adour-Garonne
Rivières à sec, nappes en baisse, ruptures d’alimentation en eau potable, restrictions généralisées d’usages : l’état de la ressource est alarmant sur le bassin Adour-Garonne alors qu’il pourrait correspondre à un été « normal » de 2100.
Les travaux de territorialisation de la Trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (TRACC) et des projections d’Explore2 permettent d’anticiper les évolutions hydrologiques à venir sur le bassin Adour-Garonne, hotspot du changement climatique. Ainsi, à l’horizon 2050, les projections indiquent une perte de 35% à 60% du manteau neigeux, une augmentation de l’évaporation de 10% à 30%, entrainant des sols secs, une baisse de 30% à 50% de la recharge des nappes, et une baisse des débits de 20% à 40% avec des étiages plus précoces, plus sévères et plus longs.
L’Agence de l’eau travaille à l’élaboration de cartes de vulnérabilité à l’échelle des 141 bassins versants de gestion du territoire. Parmi les principaux défis identifiés figure la multiplication des sécheresses pluriannuelles, appelées à devenir une caractéristique structurante du bassin.
Face à cette raréfaction annoncée de la ressource, une autre question se pose : comment évolueront les prélèvements et les consommations d’eau ?
Demande en eau : prospective territorialisée à l’horizon 2050

Simon Ferrière
Adjoint au directeur du département Environnement, Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan
Dans le cadre du Plan Eau, le Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan a mené une étude prospective territorialisée sur l’évolution des usages de l’eau. L’analyse combine deux scénarios climatiques issus des travaux du GIEC et trois trajectoires de développement : une poursuite des tendances actuelles, l’application des politiques publiques annoncées et un scénario de rupture reposant sur des choix de sobriété plus marqués.
Les résultats sont préoccupants. Les prélèvements augmentent dans tous les scénarios, avec une progression particulièrement forte sur le bassin de l’Adour, où ils pourraient doubler sous l’effet notamment du développement de l’irrigation du maïs. Concernant les consommations, la tendance est similaire : elles progressent dans tous les cas étudiés et pourraient même doubler dans le scénario tendanciel. Un enseignement ressort néanmoins de manière très nette : seul le scénario de rupture permet de stabiliser les consommations d’eau à un niveau proche de celui de 2020, grâce notamment à une maîtrise du développement de l’irrigation et à la généralisation de pratiques agroécologiques.
Plus alarmant encore, l’étude met en évidence des tensions croissantes sur les milieux aquatiques dans l’ensemble des scénarios, avec des situations critiques susceptibles de s’étendre sur plus de la moitié de l’année lors des années sèches.
Cette prospective souligne ainsi que la question de l’eau n’est plus seulement technique, et qu’il faut alors politiser la question de l’eau : elle renvoie à de véritables choix de société, concernant nos modèles agricoles, économiques et territoriaux.
Gestion quantitative de l’eau : cadre légal et réglementaire

Florence Denier-Pasquier
Juriste spécialiste de l’eau et représentante de FNE
La gestion quantitative de l’eau s’appuie principalement sur la Directive-cadre sur l’eau de 2000 et sur sa transposition en droit français par la loi sur l’eau et les milieux aquatiques (LEMA) de 2006.
Elle repose sur deux piliers complémentaires :
- Une gestion structurelle, fondée sur la définition de volumes prélevables compatibles avec le bon fonctionnement des milieux aquatiques ;
- Une gestion de crise, qui prévoit différents niveaux de restrictions en période de sécheresse.
Sur le bassin Adour-Garonne, la quasi-totalité des territoires est classée en Zone de Répartition des Eaux (ZRE), signe d’un déséquilibre chronique entre ressources disponibles et besoins des usages. Les prélèvements agricoles y sont organisés par des Organismes Uniques de Gestion Collective (OUGC), chargés de répartir les volumes autorisés.
Malgré un dispositif réglementaire relativement structuré, les objectifs de retour à l’équilibre restent difficiles à atteindre et le cadre juridique demeure régulièrement remis en question.
Comment se traduit concrètement la gestion quantitative de l’eau sur le bassin et notamment lors des périodes d’étiages ?
Soutien d’étiage et gestion quantitative de l’eau

Jean-Michel Fabre
Président de l’Etablissement Public Garonne, Gascogne et affluents pyrénéens
Le bassin est structuré autour des grands fleuves que sont l’Adour et la Garonne, de leurs affluents mais aussi un ensemble de canaux qui façonnent notre économie et notre agriculture depuis des siècles. Le canal de la Neste par exemple alimente toutes les rivières de Gascogne.
L’EPTB Garonne assure notamment le soutien d’étiage sur le territoire garonnais. Cette mission consiste à maintenir des débits suffisants dans les cours d’eau durant les périodes critiques afin de préserver les usages et le fonctionnement des écosystèmes. Pour cela, d’importants volumes d’eau sont réservés chaque hiver auprès de différents partenaires, notamment EDF et les bassins voisins, puis restitués durant l’été lorsque les besoins augmentent et que les débits naturels diminuent. D’un coût environnant les 5 millions d’euros, le soutien d’étiage est financé à 50% par l’Agence de l’eau, 10% par les collectivités et 40% par les usagers (1/3 agricoles, 1/3 usagers de l’eau potable et 1/3 industriels).
L’année 2026 illustre l’intensification des tensions hydriques. Le soutien d’étiage a débuté dès le 3 juillet, soit la date la plus précoce observée depuis 34 ans. Les volumes mobilisés ont atteint des niveaux records, avec près de 28 hm³ lâchés au cours du seul mois de juillet.
Table ronde
Comment adapter l’agriculture aux tensions hydriques à venir ?

Delphine Burger-Leenhardt
Agronome et directrice de recherche à l’INRAE
L’agriculture représente le principal usage consommateur d’eau en période estivale sur le bassin Adour-Garonne. Dès lors, une question essentielle se pose : comment réduire la dépendance à l’irrigation tout en garantissant la viabilité économique des exploitations ?
Le projet TAI-OC coordonné par l’INRAE vise précisément à penser conjointement irrigation et agroécologie afin d’accompagner les agriculteurs dans la conception de systèmes durables.
Si de nombreux freins demeurent, qu’ils soient économiques, techniques ou sociaux, les résultats montrent que les pratiques agroécologiques permettent de réduire durablement les besoins en eau. Associées à une irrigation pensée comme un outil au service de plusieurs fonctions écologiques, elles ouvrent des perspectives prometteuses pour l’adaptation du secteur agricole.
Repenser la gestion de l’eau : entre enjeux sociaux, politiques et économiques

Julie Trottier
Politologue et directrice de recherche au CNRS
En clôture de la journée, Julie Trottier a invité les participantes et participants à changer de regard sur l’eau et sur les modalités de sa gestion.
Face à l’augmentation de l’évapotranspiration, l’enjeu est alors de conserver l’eau le plus longtemps possible dans la partie terrestre de son cycle avant qu’elle ne soit évaporée, transpirée ou arrivée à la mer. Julie Trottier propose de multiplier les utilisations d’une même goutte d’eau avant qu’elle ne soit ainsi « consommée ». Par exemple, les Cévenols utilisaient des béals en pierre sèche pour ralentir l’eau et favoriser son infiltration. Aujourd’hui, des techniques comme la plantation de lignes d’arbres selon les courbes de niveau – reproduisent ce principe en créant des « autoroutes racinaires » pour l’eau.
Selon Julie Trottier, notre imaginaire sociotechnique influence la manière dont nous considérons une pratique comme efficace ou non. Elle invite alors à la compréhension des imaginaires sociotechniques de chaque acteur et à un changement de paradigme : penser l’eau comme un flux plutôt qu’un stock, distinguer utilisation et consommation, différencier le besoin (physiologique) de la demande (économique), privilégiez le vivant sur la rentabilité immédiate.
Ce séminaire, dynamique et engagé, fut riche de prises de conscience et de perspectives, nous remercions chaleureusement l’ensemble des intervenant.es et participant.es !

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