Forêt

Les usines SIAT : des installations vertes ? Vert-de-gris en réalité !

Parmi les arguments du groupe SIAT pour promouvoir son projet de scierie industrielle de Saint-Agnan figurent les avancées écologiques : réductions de CO2, production d’électricité verte, le bois en tant que ressource renouvelable, procédés à la pointe des technologies, etc.

Ce serait donc un projet « vert » ? Pour qui veut bien y regarder, il n’en est rien. Laissons de côté les problèmes évoqués dans d’autres articles de ce numéro : trafic routier, pression sur les forêts, besoins en eau, émissions de polluants gazeux de la centrale de cogénération…

En 2024, il s’est vendu dans le département du TARN 440 tonnes de substances actives phytosanitaires à usage agricole, avec les problématiques que l’on connaît sur l’environnement et la santé publique. La seule usine SIAT de Labruguière en utilise plus de 200 tonnes par an, et celle de Saint-Agnan en utilisera encore plus avec le projet NORE ! Il s’agit principalement du toxique propiconazole, puissant fongicide[1].

Le processus de traitement est simple : on trempe dans des cuves les « colis » de bois sciés pendant 15 minutes, et après égouttage, on stocke dehors. Selon l’industriel aucun risque de contamination.

Or, aux usines SIAT du Bas-Rhin (Urmatt et Heiligenberg), les fameux « sites miroirs », il est constaté des pollutions très marquées des sols, des cours d’eau, et des nappes phréatiques par ces substances délétères : jusqu’à des dizaines de fois au dessus des seuils limites !

Contrairement à SIAT qui qualifie parfois ces pollutions d’« historiques », les rapports de l’administration, voire ceux commandés par SIAT lui-même, établissent comme cause principale les pratiques de l’industriel.

SIAT a mis en service son usine de Labruguière en août 2024, en promettant que tout serait maîtrisé sur ces enjeux. Nous avons alerté en argumentant lors de l’enquête publique : les pratiques de l’industriel, et le dimensionnement des installations projetées allaient conduire au même résultat qu’en Alsace. Pas une virgule de nos demandes de mesures de surveillances renforcées n’a été reprise par les autorités. Le projet était parfait tel quel ! Résultat : moins d’un an après en juin 2025, on trouve déjà du propiconazole dans les eaux souterraines en aval de l’usine

Qu’en est-il actuellement sur le site de Saint-Agnan ? Aucune analyse n’y est pour l’instant réalisée ! Qu’en serait-il si le projet actuel advenait, multipliant au moins par trois les quantités de produits biocides utilisées ?

Il ne s’agit pas d’exprimer une opinion sur ce projet. Il ne s’agit pas de dire que SIAT fait les choses plus mal que les autres industriels. Il s’agit de dire que si l’on laisse faire, ni l’industriel, ni les mairies, ni l’État ne prendront les mesures nécessaires pour éviter les contaminations, et que les mêmes causes produiront immanquablement les mêmes effets : sols, rivières et nappes seront pollués. Tel quel, ce projet de scierie industriel n’est pas vert, mais vert-de-gris !

Dans un contexte de changement climatique où l’eau sera de plus en plus précieuse, nos enfants et les leurs pourraient un jour dire : « ils ont déconné les anciens, ils savaient mais ils ont laissé faire… »

Sébastien Delliaux
Association CALELH

[tous les documents officiels étayant les propos évoqués dans cet article sont disponibles sur demande (calelh@asso-nature.fr)]


[1]Le propiconazole est classé par l’ECHA (Agence Européenne des Produits Chimiques) comme :

  • Toxique pour la reproduction (catégorie 1B),
  • Perturbateur endocrinien suspecté,
  • Susceptible d’affecter le développement embryonnaire,
  • Cancérigène suspecté selon plusieurs modèles animaux.
  • Toxique sur les organismes aquatiques